Voilà un peu plus d’un an que mon Elegoo Neptune 4 Pro tourne à la maison. Une excellente imprimante 3D pour le prix, mais avec un défaut bien connu de toute la gamme Neptune 4 : un firmware d’usine fermé, limité, et pas franchement taillé pour qui aime mettre les mains dans le cambouis. En décembre 2025, je me suis enfin lancé dans le reflash complet de l’eMMC avec OpenNept4une. Verdict : un sacré plan galère sur le moment, mais une machine transfigurée une fois de l’autre côté.
Pourquoi reflasher une imprimante qui fonctionne déjà ?
Le Neptune 4 Pro n’est pas une imprimante 3D « bête » : sous le capot, sa carte mère (famille CB1, le même type de SoC Allwinner que l’on retrouve sur d’autres imprimantes « tout-en-un » comme la Creality K1) fait tourner un vrai petit Linux embarqué, avec Klipper comme firmware d’impression. Le problème, c’est qu’Elegoo verrouille cette base pour y greffer sa propre interface tactile — fonctionnelle, mais fermée, difficile à mettre à jour, et qui bride l’accès aux réglages fins que les habitués de Klipper adorent (input shaping, pression linéaire, macros personnalisées…).
OpenNept4une est un projet communautaire open source qui remplace ce firmware d’usine par un environnement Klipper « normal » et entièrement ouvert : interface web Mainsail/Fluidd, KlipperScreen sur l’écran tactile d’origine, accès SSH complet, et surtout la possibilité de mettre à jour chaque brique indépendamment plutôt que d’attendre le bon vouloir du fabricant.
Le cœur du problème : l’eMMC
Sur ces cartes CB1, le système ne tourne pas depuis une carte SD classique mais depuis une puce eMMC. Et c’est là qu’Elegoo a eu la bonne idée : contrairement à beaucoup de cartes similaires où l’eMMC est directement soudée (rendant tout reflash nettement plus hasardeux, voire impossible sans repasser par un mode de récupération USB bas niveau type FEL), celle du Neptune 4 se trouve sur un petit module amovible, au format proche d’une carte eMMC/microSD — un peu comme sur un Raspberry Pi Compute Module. Pour y installer OpenNept4une, il n’y a donc pas besoin de fer à souder : il suffit de sortir ce module de la carte mère, de le flasher depuis un PC via un adaptateur USB dédié, puis de le remettre en place. J’en ai d’ailleurs profité pour changer le module au passage : l’eMMC d’origine du Neptune 4 Pro ne fait que 8 Go, franchement juste une fois Klipper, Mainsail et quelques logs installés — je l’ai remplacée par un module de 32 Go, histoire d’avoir de la marge pour la suite.
C’est précisément là que ça se corse :
- Démontage physique : panneau du bas à retirer, vis minuscules faciles à perdre, nappes à débrancher avec précaution.
- Emplacement peu évident du port microSD servant à flasher le firmware du contrôleur moteur (MCU) : sur le Neptune 4 Pro, pas besoin de démonter toute la façade avant comme sur d’autres modèles de la gamme — il suffit de dévisser les vis qui maintiennent la carte mère et de la soulever légèrement pour accéder au lecteur SD en dessous, sans tout démonter.
- Adaptateur spécifique requis pour connecter le module eMMC en USB sur un ordinateur (lecteur eMMC/microSD, une petite dizaine d’euros, mais encore faut-il l’avoir sous la main avant de démonter quoi que ce soit).
Le conseil que j’aurais aimé lire avant de commencer : sauvegardez votre configuration (réglages du lit, PID, décalage de buse…) avant de toucher à quoi que ce soit. Une fois l’eMMC reflashé, tout repart de zéro — y compris les calibrations.
Le déroulé, une fois le module en main
Dans les grandes lignes, la procédure suit ce schéma :
- Flasher l’image OpenNept4une correspondant exactement au modèle (Neptune 4, 4 Pro, 4 Max et 4 Plus ont chacun leur propre image) sur le module eMMC, via balenaEtcher ou un bon vieux
ddsous Linux. - Remettre le module en place, rebrancher, démarrer — l’écran tactile ne répond généralement pas encore à ce stade, c’est normal, la vraie interface n’est pas encore installée dessus.
- Se connecter en SSH (ou en console série si le réseau ne répond pas) pour lancer le script d’installation OpenNept4une à proprement parler, qui met en place Mainsail, KlipperScreen et la configuration de base.
- Flasher séparément le firmware du MCU (la carte qui pilote directement moteurs et chauffes) via la carte microSD accessible en soulevant légèrement la carte mère, une fois ses vis de fixation retirées.
- Étendre le système de fichiers pour exploiter toute la capacité du nouveau module eMMC — passer de 8 à 32 Go ne sert à rien si l’image flashée, elle, reste calée sur la taille d’origine.
- Tout recalibrer : niveau du lit, décalage de buse, PID des chauffes, input shaping si la carte le permet.
Rien d’insurmontable pris étape par étape, mais la combinaison « démontage mécanique minutieux + manipulation bas niveau d’un support de stockage + recalibration complète » fait que la première tentative prend clairement plus de temps qu’annoncé — d’où le « sacré plan galère » du début de cet article.
Le résultat : une autre imprimante
Depuis, la différence est nette. L’interface Mainsail en fait une machine qu’on pilote vraiment, avec un suivi en temps réel de l’impression, des réglages d’input shaping accessibles sans bidouiller des fichiers cachés, et surtout la liberté de mettre à jour Klipper, Mainsail ou KlipperScreen indépendamment, au rythme des projets communautaires — plutôt que d’attendre une improbable mise à jour officielle Elegoo.
Si vous avez un Neptune 4 (Pro, Max ou Plus) qui dort sur son firmware d’origine, le jeu en vaut clairement la chandelle. Pour la procédure exacte et à jour — les images et scripts évoluent régulièrement — direction le wiki officiel du projet OpenNept4une, bien plus fiable qu’un article figé dans le temps sur les commandes précises à taper.