Faire parler un Minitel en Telnet, SSH et WebSocket : retour sur ma passerelle maison

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— 2026-10-#4810

Le Minitel a beau dater des années 1980, sa prise « téléinformatique » reste un excellent point d’entrée pour le reconnecter au monde moderne. C’est ce que fait mon dernier petit montage, que j’appelle Minitel Telnet Pro : un module à base d’ESP32 (compatible Arduino comme MicroPython) qui vient se brancher directement sur cette prise et transforme le terminal en client Telnet, SSH, série ou WebSocket.

La prise téléinformatique, pas le modem

Première précision utile, car on confond souvent les deux : le modem intégré du Minitel, qui dialogue avec le réseau Télétel par la ligne téléphonique, utilise le standard V.23 (1200/75 bauds, asymétrique). Ce n’est pas ce modem que j’utilise ici.

Le Minitel dispose en façade arrière d’une prise DIN 5 broches dite « téléinformatique », totalement indépendante du modem interne. C’est une véritable liaison série, utilisable à 300, 1200, 4800 ou 9600 bauds selon la configuration choisie — j’ai retenu 4800 bauds pour mon montage. Elle a été conçue à l’origine pour brancher des périphériques (imprimante, micro-ordinateur, lecteur de carte) directement sur le terminal.

Point important pour quiconque voudrait bricoler la même chose : cette prise sort en logique TTL (0/5V), pas en vrais niveaux RS232 (±12V). Elle ressemble donc électriquement à un vrai RS232, mais ne s’y branche jamais directement sans adaptation — exactement le genre de piège qui grille un GPIO 3,3V d’un microcontrôleur si on ne fait pas attention à l’adaptation de niveau entre les 5V du Minitel et les 3,3V de l’ESP32.

Un pont vers quatre protocoles modernes

Le module se branche sur cette prise et expose la liaison série du Minitel via quatre protocoles réseau différents, chacun avec son usage :

  • Telnet — l’accès le plus direct, dans l’esprit d’origine du Minitel : une connexion texte brute vers un service distant (BBS, service Télétel réimplémenté, etc.), sans chiffrement, comme à l’époque.
  • SSH — la même logique d’accès shell distant, mais chiffrée. Pratique pour accéder à un vrai terminal Unix depuis le Minitel sans exposer la session en clair sur le réseau.
  • Série (passthrough) — la liaison brute exposée telle quelle, pour du débogage ou une intégration avec un autre équipement local sans passer par le réseau.
  • WebSocket — permet à un client web (un émulateur Minitel dans le navigateur, un service type MiniPavi) de dialoguer avec le vrai terminal physique, et inversement. C’est par ce biais que mon Magis Club accède par exemple à 3611.re, une recréation moderne du mythique annuaire électronique du 3611 — le service Minitel le plus célèbre, accessible aujourd’hui en WebSocket plutôt que sur le réseau Télétel d’origine.

Le terminal : un Magis Club

Le Minitel utilisé est un Magis Club (Minitel 2, construit par Matra/Philips à partir du milieu des années 1990) — un modèle plus tardif que le Minitel 1 d’origine, capable d’afficher des images JPEG en 64 niveaux de gris et de monter jusqu’à 9600 bauds sur son modem en mode TVR (Télétel Vitesse Rapide). Pour ce montage, seule la prise téléinformatique nous intéresse : le modem V.23 reste inutilisé.

Wi-Fi : attention à la bande

Petit écueil rencontré en mettant en place le Wi-Fi du module : un ESP32 ne gère que le 2,4 GHz. Sur une box qui diffuse un SSID combiné 2,4/5 GHz, le module peut tenter de joindre la bande 5 GHz et échouer silencieusement à se connecter. Il suffit d’isoler un SSID dédié en 2,4 GHz pour que la connexion s’établisse sans souci.

En résumé

Avec cette passerelle, le Magis Club retrouve une utilité bien au-delà du Minitel historique : terminal SSH pour une session shell distante, client Telnet pour un service rétro, ou encore interface série pour un projet local — le tout piloté en Wi-Fi depuis un module ESP32 grand public.